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De nouvelles discriminations à l’embauche

Il est bien regrettable qu’aujourd’hui encore les discriminations à l’embauche ne soient toujours pas éradiquées de nos sociétés. De nouvelles formes de discrimination viennent même se greffer aux formes plus anciennes et malheureusement bien ancrées comme la discrimination selon l’origine et l’exclusion des personnes handicapées. Il s’agit notamment de la difficulté des personnes obèses à décrocher un emploi et de la préférence des employeurs à sélectionner des personnes belles au détriment d’individus au physique moins avantageux. Propos à nuancer puisque des femmes considérées trop belles rencontrent des difficultés à obtenir un emploi dans certains secteurs qualifiés de masculins.
  • « Le patron refuse de m’embaucher parce qu’il me trouve moche »
La phrase « le patron refuse de m’embaucher parce qu’il me trouve moche » n’est pas si anodine puisque la question des critères physiques se pose de plus en plus dans le monde du travail. Comme le fait remarquer Ayité Creppy, directeur de la Fondation agir contre l’exclusion (FACE) à Lille « Les discriminations liées à l’apparence physique sont sous-estimées et peu connues ». En effet, une personne au physique plaisant aura de plus grande chance d’obtenir un poste qu’une personne laide. Et d’ajouter « Lorsque les professionnels ou les politiques se saisissent du problème des discriminations liées à l’emploi, il s’agit souvent de celles liées à la couleur de peau ou au lieu d’habitation. » Selon une enquête TNS Sofres de 2003, plus de 60 % des Français estiment que l’apparence physique peut faire la différence lors d’une embauche et un actif sur cinq affirme avoir été victime de discrimination sur son apparence au moins une fois.
Hélène Gamer-Moyer, docteur en sciences de gestion à l’université Paris-I, s’est attaqué au problème des discriminations liées à l’apparence physique. Pour cela, elle a réalisé une petite enquête qui a consisté en l’envoi de 700 CV au cours de l’année 2009 afin de répondre à des offres d’emplois pour des postes commerciaux, d’assistance de direction et de comptabilité. Les CV qui présentaient tous les mêmes compétences et qualifications étaient, pour une moitié, dotés d’une photographie d’une belle jeune femme. A l’autre moitié était accolée une photographie d’une personne bien moins séduisante. Le résultat est sans appel : la candidate attrayante a reçu un entretien dans 42% des cas et l’autre moins charmante dans seulement 16% des cas.
Jean-François Amadieu, sociologue et auteur de l’ouvrage le Poids des apparences, a cherché des explications à un tel comportement. Il y écrit : «les beaux sont jugés plus intelligents, plus ambitieux, plus chaleureux, plus sociables, plus équilibrés et moins agressifs. […]Les recruteurs, les clients, les collègues de travail et les supérieurs hiérarchiques partagent la croyance, largement inconsciente, selon laquelle l’apparence extérieure reflète des capacités et une personnalité favorable.»
Pire encore, le sociologue parle également de « prime de beauté«  : une personne belle serait mieux payée que son homologue moins séduisant ! «Quand bien même un candidat au physique peu avenant serait jugé compétent et recruté, il serait alors embauché à un salaire moindre.»
Les incongruités du monde contemporain ont de quoi nous laisser bien perplexes.
  • Problème rencontré par les personnes obèses
La surcharge pondérale concerne aujourd’hui 31,9% des Français et l’obésité 14,5% des habitants de l’Hexagone. Aux problèmes de santé qu’impliquent de tels états physiques, s’ajoutent également des difficultés pour s’insérer dans la vie active. Une étude de l’Observatoire des Discriminations, dirigé par Jean-François Amadieu, réalisée en 2005, révèle que les candidats obèses répondant à la même offre que des candidats sans surpoids ont deux fois moins de chance de décrocher un entretien d’embauche et qu’un obèse a trois fois moins de réponses positives pour un poste de commercial et 24% de réponse en moins pour un poste de télévendeur !
Jean-Pierre Poulain, auteur de Sociologie de l’obésité explique dans cet ouvrage qu’ « un employeur qui élimine un candidat obèse à cause de son obésité n’aura pas le sentiment d’être discriminant ». Il ajoute que les obèses sont bien souvent considérés comme malpropres, goinfres, grossiers, peu volontaire et responsables de leur état. Les employeurs, inconsciemment, stigmatisent les personnes obèses en associant au surpoids tout un panel de défauts moraux.
  • Refusée car jugée trop belle
Une étude réalisée en mai/juin 2010 par le Journal of Social Psychology, révèle le côté sombre de la beauté, principalement vécu par les femmes. Ainsi, des femmes au physique agréable seront moins bien considérées pour des postes de type « masculins », tels que le management en recherche et développement, la finance ou l’ingénierie mécanique. Au contraire, l’étude montre, que la beauté chez les hommes n’est jamais un obstacle et sera toujours considérée comme un plus. Les chercheurs ont dénommé cela, l’effet « beauty is beastly » (préjugé qui associe beauté et bêtise).
Comme l’écrit Jean-François Amadieu : «dans les emplois traditionnellement masculins, la séduction féminine paraît mal adaptée. Une apparence moyenne sera préférée par les recruteurs dans des métiers où l’élégance et  le paraître sont mal perçus. Dans la fonction publique, par exemple, la beauté sera considérée comme une marque de légèreté, de futilité et d’un manque de profondeur.»
  • L’avis Sequovia
A quoi faut-il avoir recours pour pallier ce manque d’égalité entre les personnes ? Le CV anonyme est-il une solution efficace ? Dans la mesure où la législation n’a pas encore rendu cette mesure obligatoire pour les entreprises(le gouvernement discutera d’une éventuelle généralisation du CV anonyme à l’automne), l’intérêt de cette méthode de recrutement est encore incertain. Par ailleurs, le doute subsiste quant aux  informations à rendre anonymes (nom, adresse, âge, interdire la photo…).  La discrimination pourra néanmoins continuer à se jouer aux langues parlées, au lieu d’obtention du bac, etc.  Et lors de l’entretien final avec l’embaucheur, toute discrimination liée au physique ou à l’origine sera toujours possible. Une des solutions, pour aboutir à une plus grande responsabilité sociétale des entreprises, serait de renforcer la législation pour la protection des personnes victimes de telles discriminations pour qu’un changement des mentalités s’opère  véritablement et durablement.

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  1. idefix59000
    24/08/2010 à 08:08 | #1

    je suis d’accord avec l’article je suis dans ce cas la, cela fait quelques années que je recherche un emploi et j’ai déja eu comme réponse que je ne correspondais pas à l’image de la société, je fait 1m87 et je pese 100kg mais que faire contre cet discrimination car meme si le cv sans photo est une possibilité pour obtenir les entretiens lors de celui ci le critere physique revient alors que faire ?? dite moi

  2. le roch
    24/08/2010 à 10:22 | #2

    bonjour

    tout à fait d’accord avec cet article. Mais le monde de la communication est il exempt de ces préceptes honorables. Engage t-on aujourd’hui dans les agences de communication des seniors de plus de 55 ans ?

  3. 26/08/2010 à 11:14 | #3

    Malheureument, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la législation ne pourra pas faire grand chose. A chaque nouvelle évolution, les acteurs trouverons la parade pour contourner les systèmes mis en place. Là encore, l’enjeu est de faire évoluer les mentalités, au-delà de l’évolution des règles.

  4. 06/09/2010 à 16:19 | #4

    La discrimination est une réalité qui existe pour vrai dans le milieu du recrutement et des entretiens d’embauche. Il faut combattre les préjugés… L’idée est de ne pas laisser la première impression dicter l’issue de l’entretien de recrutement.

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