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Un agriculteur charentais poursuit Monsanto en justice

Hier après-midi, la firme américaine Monsanto est passée devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon. Un agriculteur charentais, invalide à 50% depuis l’inhalation accidentelle d’un herbicide de Monsanto, a décidé de faire reconnaître la responsabilité du géant de l’agrochimie dans cette affaire.

 

  • Un agriculteur intoxiqué par un herbicide de Monsanto

Paul François est un agriculteur français, cultivateur de céréales à Bernac, en Charentes. Il a respiré accidentellement en 2004 les vapeurs de l’herbicide Lasso, commercialisé par le géant américain Monsanto, en nettoyant une cuve. Cela lui vaudra plusieurs années de maux de tête, étourdissements, comas et hospitalisations.

En 2005, des traces de monochlorobenzène sont retrouvées dans son organisme. Il s’agit du principal constituant du Lasso, un solvant qui peut causer nausées, pertes de connaissance, maux de tête et somnolence.

En 2008, le tribunal des affaires de la sécurité sociale d’Angoulême reconnaît son affection comme maladie professionnelle. La décision est ensuite confirmée par la Cour d’Appel de Bordeaux en 2010.

Depuis, Paul François ne peut travailler qu’à mi-temps pour cause de fatigue chronique, et les médecins ont reconnu des lésions dans son système nerveux central à cause de l’inhalation du produit toxique. Il est considéré comme invalide à 50%.

En y regardant de plus près, on se rend compte que cet herbicide a été retiré de la vente en Belgique en 1991, et encore plus tôt au Canada et en Angleterre. En France par contre, il a fallu attendre 2007.

  • Monsanto devant le tribunal de Lyon

Paul François est passé devant le tribunal de Grande Instance de Lyon, ce lundi, pour déclarer Monsanto responsable de son intoxication. Il s’explique : «Nous allons apporter la preuve que Monsanto connaissait la dangerosité de l’herbicide Lasso. Si j’avais été prévenu, j’aurais pris plus de précautions».

Lors de l’audience, son avocat, Me Lafforgue, a reproché à Monsanto d’avoir tout fait pour laisser le Lasso sur le marché, alors que des études montraient déjà sa dangerosité dans les années 80. Il explique : «Nous attendons du tribunal qu’il déclare Monsanto responsable du préjudice et que l’obligation d’information sur le produit n’était pas respectée sur l’étiquette».

Paul François ajoute : «Nous apportons la preuve que Monsanto savait depuis les années 80 car dans d’autres pays des collèges d’experts avaient mis en avant la dangerosité du produit et avait posé de réelles questions à la firme». Il espère ainsi faire prendre conscience de la responsabilité de Monsanto, alors que les agriculteurs sont encore souvent incriminés pour ce genre de pollution.

C’est la première fois en France que Monsanto doit faire face à un procès de ce genre. Avant de comparaître, aucun représentant de Monsanto n’a souhaité s’exprimer sur ce procès, mais Me Delsart, pour la défense de Monsanto, avance «qu’il n’est pas possible scientifiquement de retrouver des traces du produit sept mois après l’inhalation». Il reproche aussi à Paul François de ne pas avoir pris les précautions nécessaires et de ne pas avoir porté de masque.

Le TGI de Lyon a mis son jugement en délibéré au 13 février 2012.

  • Le combat des agriculteurs contre les pesticides

Paul François a créé en Mars dernier l’association Phyto-victimes, pour venir en aide aux agriculteurs malades en raison des pesticides. En effet, les paysans sont souvent mis en cause dans ce genre de cas, car on leur reproche d’utiliser des pesticides, mais depuis la création de cette association plus de 150 agriculteurs l’ont contacté pour lui faire part de leurs problèmes de santé liés à ces pesticides.

Hier matin, Frédéric Ferrand, membre de l’association Phyto-victimes, est décédé d’un cancer de la vessie. Il tentait depuis un an de faire reconnaître sa maladie comme maladie professionnelle.

Le père de Frédéric Ferrand est persuadé que la cause de la maladie de son fils est une molécule proche du benzène, présent dans un produit phytosanitaire utilisé régulièrement par Frédéric Ferrand dans ses vignes.

  • Avis Sequovia

Cette affaire nous démontre encore une fois les dangers des pesticides et autres produits phytosanitaires. Si les consommateurs sont aussi victimes de ces produits toxiques, les agriculteurs sont les premiers touchés. Ils n’osent pourtant pas parler de leurs symptômes, de peur d’être mis en cause pour l’utilisation de pesticide. Il est vrai qu’on assiste de plus en plus à une prise de conscience des citoyens et consommateurs, qui aspirent à privilégier une agriculture respectueuse de l’environnement et les circuits courts. On peut le voir notamment à travers la création d’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) de plus en plus nombreuses, dont la charte interdit l’usage de pesticides chimiques de synthèse.

Dans ce procès entre l’agriculteur Paul François et la multinationale américaine Monsanto, c’est un peu le combat de David contre Goliath. Mais on peut tout de même espérer que des entreprises comme Monsanto soient pénalisées pour mettre sur le marché des produits toxiques et dangereux, ou au moins mobiliser l’opinion publique.

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