La course au pétrole en Arctique

La présence de réserves de pétrole et de gaz dans le cercle polaire Arctique, jusque là inexploitées, attise les convoitises. En effet, les enjeux de l’exploitation de ces nouveaux territoires sont énormes pour les Etats et les compagnies pétrolières du monde entier. Pourtant, les conséquences sur l’environnement pourraient être catastrophiques.

  • Du pétrole au Pôle Nord

L’Arctique, vaste continent autour du Pole Nord, renferme d’énormes quantités de pétrole et de gaz encore inexploitées. Les premières estimations sur les quantités de pétrole et gaz disponibles au delà du cercle polaire ont été révélées en 2008 par l’United States Geological Survey (USGS), qui les estime à 13% des réserves de pétrole non encore découvertes et à 30% des réserves de gaz. Mais d’autres scientifiques, en explorant la zone de manière différente, arrivent à d’autres résultats et la probabilité d’existence des ces barils n’est pas encore déterminée.

La calotte glaciaire n’empêche pas l’exploration du sous sol arctique mais le rend très difficile et donc très coûteux. Les équipements techniques doivent être plus performants car adaptés aux conditions extrêmes, et ils doivent tenir le coup pendant de longues périodes dans des régions particulièrement isolées. Le froid est donc le principal ennemi puisque les structures sont soumises au gel et au dégel (ce qui provoque des fissures) et le pétrole peut aussi geler dans les pipelines, qu’il faut isoler avec du matériel high-tech et même réchauffer avec des filaments métalliques.

Cependant, la fonte des glaces (de plus en plus rapide) ouvre la voie à des territoires jusque là préservés. En effet, 2011 est une année record en termes de fonte des glaces polaires et les images satellites de l’agence spatiale européenne (ESA) ont montré qu’il était désormais possible de naviguer de l’océan Atlantique vers l’océan Pacifique en passant par l’Arctique par deux routes maritimes jusque là impraticables. Ces perspectives ouvrent la voie à de nouvelles explorations et exploitations pétrolières jusque là impossibles ou trop coûteuses.

  • La « course à l’armement »

Les pays bordant l’Arctique sont ceux qui peuvent délivrer des licences d’exploration aux compagnies pétrolières. Il s’agit donc des Etats-Unis, du Canada, du Danemark, de la Norvège et de la Russie. Face à la fin annoncée des énergies fossiles et les augmentations fulgurantes du prix du baril, les compagnies du monde entier se bousculent pour conclure des partenariats avec ces pays.

A la fin du mois d’Août dernier, le premier groupe pétrolier russe Rosnef et le géant Américain Exxon Mobil ont conclu un accord pour l’exploration conjointe du plateau arctique russe. Avec cette alliance, les Etats-Unis mettent un pied dans le Grand Nord, tandis que les Russes se voient ouvrir la voie du Golfe du Mexique et du Texas. C’est aussi une chance pour Rosnef de bénéficier des technologies et de l’expérience occidentale. Cet accord arrive quelques mois après que Rosnef ait mis un terme à son alliance avec le britannique BP pour l’exploration de l’arctique russe, suite à des protestations des partenaires russe de BP. L’accord prévoit un investissement de plus de 3 milliards de dollars dans l’exploration de la mer de Kara et d’un bloc de la mer noire (deux des zones offshores les moins explorées au monde et les plus prometteuses).

Shell, de son côté, vient de se voir accorder la permission de forage par les Etats-Unis pour explorer des fonds de la mer de Beaufort (au large de l’Alaska) à partir de Juillet 2012. Jusqu’à présent, les protestations des groupes de défense de l’environnement et les procédures administratives ne lui ont pas permis de commencer ses activités, mais les choses avancent. Toutefois, selon Michael Bromwich, directeur du bureau de gestion et de régulation de l’énergie océanique (BOEMRE), l’agence compte bien suivre de près les activités de Shell en mer de Beaufort pour s’assurer du respect de la sécurité et de l’environnement.

Le groupe Ecossais Cairn Energy avait déjà tenté une mission d’exploration au large du Groenland, mais en plus des protestations des écologistes (des militants de Greenpeace s’étaient enchaînés à la plateforme pour militer contre la prospection en Arctique), le pétrolier avait indiqué n’avoir rien trouvé de concluant dans les profondeurs du bassin de Disko.

La course ne fait que commencer. En effet, le gouvernement Groenlandais s’apprête à accorder 7 nouvelles licences, pour lesquelles les groupes Shell, ConocoPhilipps et GDF Suez sont en lice.

  • Des risques colossaux pour l’environnement

La catastrophe écologique causée par le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989 en Alaska est toujours présente dans les mémoires, et les effets se font encore sentir sur le littoral. Il est vrai qu’une marée noire dans les conditions de l’Arctique serait bien plus désastreuse à cause des conditions climatiques extrêmes. On ne connaît pas précisément les conséquences qu’aurait la présence de pétrole sous la glace, mais les températures extrêmes de l’Arctique ralentiraient considérablement la disparition des substances toxiques. De plus, selon plusieurs experts, il n’existe pas, à l’heure actuelle, de solutions en cas de marée noire dans cette région et ils estiment qu’il est pour l’instant impossible de contenir du pétrole emprisonnée sous une épaisse couche de glace.

En ce qui concerne la faune et la flore, l’écosystème arctique est particulièrement fragile puisqu’il s’agit d’oiseaux marins très sensibles aux marées noires et d’espèces de mammifères marins uniques au monde comme certaines espèces de baleines, morses, phoques ainsi que les ours et renards polaires. Ces derniers étant dépendants pour leur survie de l’alimentation provenant de la mer, une marée noire aurait des conséquences catastrophiques sur toutes ces espèces. Sans compter les effets sur les migrations des baleines et des saumons et les périodes de reproduction des oiseaux. De plus, l’installation des plateformes pétrolières risqueraient d’endommager les coraux d’eaux froides (qui comptent parmi les plus vieux animaux vivants de la planète, certains ayant plus de 2000 ans)

En termes d’émissions de GES, d’après Greenpeace, si l’on se base sur les estimations de l’USGS en termes de barils extractibles, l’extraction des réserves offshore de l’Arctique pourraient générer l’équivalent de 27 milliard de tonnes de CO2.

  • Avis Sequovia

Il semblerait que les compagnies pétrolières, tout comme les Etats, ne tirent pas les leçons de leurs erreurs. BP, par exemple, après avoir causé la pire marée noire des Etats-Unis, se lance à l’attaque de l’Arctique (à l’époque avec le russe Rosnef) malgré les nombreuses mises en garde des experts concernant les risques démesurés d’une marée noire dans ces conditions.

Encore une fois, l’environnement fait les frais des exigences industrielles, et le fait que le réchauffement climatique et la fonte plus qu’inquiétante des glaces fassent les choux gras des pétroliers en est la preuve. De plus, face à cette course effrénée à l’exploration et les investissements gigantesques qui sont en jeux, il est fort probable que les préoccupations environnementales passent en second plan.

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