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Le monde selon Monsanto

Le reportage diffusé sur Arte mardi 11 mars dernier a largement alimenté la blogosphère et les discussions autour de la machine à café. S’il était besoin de preuves que le lobbying peut être tout puissant, ce n’est plus cas désormais pour les téléspectateurs qui ont pu visionner ce reportage.

Verser dans le « catastrophisme » n’est pas la meilleure manière d’aborder une problématique comme le développement durable. L’opinion publique a désormais parfaitement conscience des enjeux et nombre d’acteurs abordent volontairement une démarche éco-responsable.

Toutefois il apparaît parfois nécessaire de mettre au grand jour certaines pratiques comme le fait Marie-Monique Robin au travers de son reportage. Dramatiquement efficace. Ne doutons pas que les ventes de roundup vont chuter, et avec elles la confiance dans les études de Monsanto sur les risques de certains de leurs produits pour la santé.

Pour celles et ceux qui n’ont pas vu le reportage, il est encore disponible sur le site de Arte durant quelques jours à l’adresse suivante :

Voir le monde selon Monsanto

A consulter, également, le chat avec Marie-Monique Robin, qui a suivi la diffusion de son documentaire événement avec plus de 8500 participants : Le chat

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celec Développement durable

  1. Marc
    15/03/2008 à 19:16 | #1

    J’avoue que j’ai été supris, je m’attendais à quelque chose de grave mais pas à ce point. De voir ces pauvres gens "morts vivants" dans leur village contaminé, et après cestoutes preuves accablantes savoir que l’entreprise prospère plus que jamais…Envie de boycott, de démantèlement, la limite du business est atteinte, on a engendré un monstre.

    Marc

  2. JeanPol 28
    16/03/2008 à 10:03 | #2

    Vous dites : "Ne doutons pas que les ventes de Round Up vont chuter"
    Quelle naïveté de croire qu’un reportage franco-français va influencer les ventes mondiales de cet herbicide qui OGM ou pas est le plus efficace et homologué dans tous les pays où il est utilisé.

  3. Gillou
    16/03/2008 à 12:57 | #3

    J’ai moi aussi été scandalisé par ce reportage, comme tout ceux qui l’ont vu j’imagine. De nombreux appels au boycott circulent sur le net. Sur que Monsanto ne va pas mettre la clé sous la porte, mais niveau image c’est quand même pas terrible. Le reportage est franco français, mais il est disponible en DVD trilingue et un livre vient de sortir, qui va être traduit et édité aux USA, je cite Marie-Monique Robin : "Le DVD sera diffusé aux Etats-unis par le biais des co-producteurs canadiens. Par ailleurs, mon livre est déjà en cours de traduction pour le territoire des Etats-Unis, nous avons trouvé un éditeur très courageux !"
    Le reportage va être projeté le 31 mars à l’assemblée nationale et au parlement européen plus tard. Ce n’est pas suffisant mais c’est toujours ça de pris.

  4. leothelast
    18/03/2008 à 23:31 | #4

    Au delà de la critique des pratiques très contestables de la société américaine Monsanto, qui distribue ainsi 90% des semences OGM dans le monde, le reportage pose sans concession la question de la rigueur de l’évaluation scientifique de l’inocuité des OGM et celle de l’indépendance des autorités de contrôle chargées de permettre leur diffusion.

    Dans le domaine des OGM, ce n’est pas le "principe de précaution" qui guide les décisions, ni celui d’un "risque raisonnable" mais celui de "l’équivalence en substance" dont le reportage démontre qu’il ne repose sur aucun fondement solide, et surtout sur aucun fondement scientifique.
    Dit-autrement ce principe énonce "qu’une plante est une plante" et que donc il n’y a aucun raison d’étudier particulièrement les effets (sur l’animal, sur l’environnement, sur les autres plantes, sur l’homme, etc…) du soja ou du coton transgénique, puisque l’on "sait au nom de ce fameux principe" que ni le soja ni le maïs "naturel ou ancestral" n’est nocif.

    Apparemment la seule étude disponible (mais sans que les données brutes qui la fonde ne soient accessibles aux scientifiques) a été fournie par Monsanto et conclut à l’absence de tout impact.

    Par ailleurs, les membres les plus influents de l’administration américaine (FDA) en poste pour définir la règlementation américaine sur les OGM étaient en relation d’affaires avec (ou salariés de) Monsanto avant d’entrer à la FDA …. ou ont été embauchés par Monsanto (son Vice-Président par exemple) après avoir quitté la FDA !

    Et tout ceci, sans compter les effets pervers d’un système qui s’étend au bénéfice d’une firme en situation de monopole, qui peut ainsi progressivement "financiariser" intégralement toutes les semences et lier en plus (du fait de contrat protégeant ses brevets) leur usage devenu obligatoire, à celui d’autres produits de la même firme dont les plantes issues de ces semences auront "génétiquement" besoin pour se développer.

    Avant de voir le reportage, je croyais que les produits génétiquement modifiés l’étaient pour améliorer leur qualité, leur rendement, leur résistance aux maladies ou au phénomènes naturels qui perturbent leur croissance.

    Eh bien j’avais tout faux car, par exemple, le fameux soja transgénique de Monsanto n’est pas modifié pour résister à des maladies ou pouvoir mieux grandir… mais pour résister au … Roundup, le fameux désherbant INTEGRAL (de Monsanto justement) auquel justement aucune plante ne résistait auparavant.
    Et donc par contrat, celui qui sème du soja de Monsanto :
    – s’engage (sous peine de poursuite de la "police des gènes) à ne pas conserver une partie de ce qu’il récolte pour la semer l’année suivante,
    – à racheter chaque année le soja Monsanto (… je n’ai pas noté pendant combien d’années),
    – et s’oblige à arroser abondamment plusieurs fois par an son soja par du Roundup … de Monsanto.

    Car bien sûr, si on avait imaginé que le brevet protégeant le Roundup viendrait à tomber dans le domaine public et que donc, si la libre concurrence ne pouvait s’exercer sur la semence, au moins elle pourrait s’exercer sur l’herbicide, on se trompait à nouveau. Car ce qui ne pourra plus être protégé par un brevet le sera irrévocablement alors par un contrat "librement" signé entre deux partenaires absolument égaux et volontaires …

    Mais, si ce que présente le reportage est faux et/ou si le résumé simplificateur que j’en fais est tout aussi faux, y-aura-il un scientifique sérieux et indépendant qui pourra nous faire la démonstration du contraire, par exemple dans ce blog ?

    C’est vraiment ce que j’attends avec impatience et espère sincèrement.

  5. 19/03/2008 à 12:38 | #5

    Pour qu’i y ait également d’autres éclairages, lire l’article (lien ci-dessus) de l’Association française pour l’information scientifique.

  6. leothelast
    20/03/2008 à 01:56 | #6

    Merci de ces informations complémentaires qui permettent de mieux comprendre le problème.
    Cependant, les arguments de cet article ne peuvent à mon avis suffire à "rétablir" une vérité scientifique qui aurait été, d’après lui, détournée dans la film.
    En regardant le film, je n’ai pas trouvé que la posture générale était celle présentée, d’ailleurs sans preuve comme une opinion a priori de la réalisatrice, mais plutôt celle-ci :
    a) les biotechnologies ne sont intrinsèquement ni dangereuses ni non dangereuses, mais méritent d’être évaluées, en lien avec leurs modalités pratiques de mise en œuvre (que ce soit par des produits associés comme des pesticides ou dans des conditions juridiques et commerciales spécifiques) et en particulier dans les situations de diffusion massive dans la nature de produits destinées à l’alimentation animale et humaine.
    Les points suivants relèvent plus de la conclusion de l’étude que d’une "posture" initiale:
    b) les risques n’ont pas été évalués comme ils devraient l’être, du fait d’un postulat non démontré d’équivalence substancielle,
    c) idem

    Quelques remarques sur les réponses apportées en face des arguments jugés erronés par l’article :

    "Argument n° 1 : le principe d’équivalence substantielle aurait conduit à considérer les OGM comme équivalents aux autres aliments, et donc à ne pas les évaluer."
    La critique du reportage repose sur le caractère unique et peu scientifique de la seule étude justifiant le principe d’équivalence substantielle.
    S’il y en a d’autres, quelques soient leurs conclusions, il faut les citer.
    Or l’article ne donnz que des considérations générales.

    "Argument n° 2 : le « lanceur d’alerte » Arpad Pusztai aurait été sanctionné car ses travaux montreraient la dangerosité des OGM"
    Position à analyser plus en détail.

    "Argument n° 3 : l’évaluation du soja transgénique serait insuffisante et montrerait des anomalies sur les animaux"
    Effet ou pas d’effet ? Ce qui est plutôt critiqué dans le film, c’est le manque de disponibilité des données brutes de l’étude Hammond, qui auraient dû permettre à d’autres chercheurs comme Pryme de procéder à une autre analyse qui aurait pu être contradictoire.
    De plus ce qui est critiqué, plus que la coloration, c’est l’utilisation de sujets âgés et l’absence d’analyse interne des foies.
    L’étude fait par ailleurs référence à des études qui montrent que l’introgession du transgène ne change pas leur composition en "susbstances principales": peut-être, mais ce qui est critiqué ce sont plutôt les effets sur le développement utltérieurs des plantes et les effets liés à leur consommation. Car les plantes transgénique sont bien "différentes" de leur homologues naturels, même si leurs "substances principales" sont les mêmes. Ce sont les effets de ces différences qu’il faut étudier, et ceux de ce qui est associé à leur culture.

    "Argument n° 4 : les échecs du coton Bt pousseraient les paysans indiens au suicide"
    Le film pointe surtout le problème des maladies spécifiques du coton BT, et le risque de sa transmission au coton non BT.
    L’article ne donne pas d’explication de ce phénomène ni de contre-argument.
    Le film dénonce également la très faible disponibilité de coton non BT face à un "rouleau compresseur" commercial du coton BT. Sur un marché qui se concentre et tend à une situation de monopole (croissance du O% à 63% de 2001 à 2007 selon l’article), quel est la marge de manoeuvre réelle d’un petit paysan indien ?

    "Argument n° 5 : le maïs transgénique envahirait le Mexique et produirait des formes monstrueuses."
    Il faudrait donc reprendre point à point les éléments du film et l’argumentation de l’article qui dénonce que c’est faux.
    Cependant, il n’apporte aucune réponse sur la nécessité, mise en avant par le film, de l’étude des risques dues à la contamination du maïs non transgénique par du maïs transgénique qui est avérée (cf. la réf. 22 dans l’article à l’Etude CCE)
    Il apparaît par ailleurs, après lecture, que cette même étude ne peut être considérée comme en contradiction avec l’argumentaire du film.
    En effet il me semble, par exemple, très alarmant qu’au point 13 de ses conclusions sur le flux génétique p.17, disant que les transgènes conféreront un "avantage" aux populations réceptrices soit ajouté ce commentaire (à mettre clairement au crédit du caractère sérieux de l’étude) qui énonce que "Ces prévisions sont basées sur l’hypothèse voulant qu’une variété transgénique ne subisse aucun autre changement phénotypique en sus du caractère génétique voulu."
    On ne peut pas mieux dire que le principe "d’équivalence substantielle" ne repose que sur une "hypothèse" et prendre acte que l’étude CCE ne contribue en rien à fonder ou non sur des résultats scientifiques cette équivalence. Le film ne dit pas autre chose !

    "En guise de conclusion"
    C’est trop simplificateur de mon point de vue de réduire l’enquête du film à la justification a posteriori d’une conviction de principe hostile aux OGM. Plusieurs questions continuent de se poser qu’il faut sans doute continuer à approfondir d’un point de vue scientifique.
    Mais d’autres questions fondamentales méritent aussi d’être débattues, autrement qu’en se renvoyant dos à dos dans une "vision binaire entre bons et méchants" comme dit l’article.
    La "financiarisation" des semences est une rupture dans la production de l’alimentation humaine que l’on doit avoir le droit de contester. On a aussi le droit de s’interroger sur le processus de décision qui conduit à en faire un système dominant voire unique.

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