Les yeux rivés sur le Japon

Reacteur 3Mercredi 23 mars dans l’après-midi (heure japonaise), le réacteur n°3 a encore joué des tours aux équipes de TEPCO qui ont du être évacuées d’urgence dans la salle de contrôle face à la dangerosité de la situation. En effet, le réacteur contient du combustible MOX, un mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium dont les rejets sont très nocifs. Le monde entier se tient informé de l’évolution des choses et s’inquiète des conséquences multiples sur les plans sanitaire, économique et environnemental. L’angoisse est générale et laisse planer un climat de torpeur au sein de l’archipel japonais comme à l’international.

 

  • Les techniciens Tepco risquent leur vie

Cette nouvelle alerte concernant le réacteur n°3 n’est guerre de bon augure pour bons nombres de japonais qui s’inquiètent d’ores et déjà des conséquences de l’échappée de cette fumée noire sur les risques sanitaires et environnementaux de leur pays. L’évacuation du personnel de la centrale a une nouvelle fois ravivé l’inquiétude concernant les taux de radioactivité auxquels sont exposés ces techniciens. La situation des experts de TEPCO, travaillant toujours d’arrache pied pour contenir les risques, inquiète beaucoup les spécialistes en cancérologie. On hésite encore à parler de « sacrifice humain », mais face à l’ampleur des dégâts, l’autorité de sûreté nucléaire japonaise laissera, tôt ou tard, les personnels monter au-delà de la dose de radiation maximale autorisée. Tepco a d’ailleurs admis, dimanche, que sept de ses ouvriers avaient été exposés à des niveaux de radiation augmentant de manière alarmante le risque de cancer. Le professeur Jean-Marc Cosset, radiothérapeute à l’Institut Curie a d’ailleurs déclaré dans son interview pour le magazine La Vie : « Si la dose de 400 mSv est exacte, ils sont exposés à des doses terrifiantes qui ne permettent pas de rester plus de quelques heures sans risquer la mort. Les doses se cumulent et à partir de 4 000 mSv, donc de dix heures, le risque létal est de 50 %. ».

  • Un risque sanitaire pour la population

 L’angoisse est perceptible sur tous les visages des japonais qui s’inquiètent des effets nocifs, voire mortels, des produits radioactifs sur leur santé. Ces jours derniers, les autorités nippones ont d’ailleurs annoncé une contamination radioactive de plusieurs aliments :
• Les radiations émises par la centrale de Fukushima ont contaminé l’eau de Tokyo, situé à 250 km au sud-ouest de Fukushima. Les nourrissons et nouveau-nés ne sont plus en mesure de boire cette eau, beaucoup trop contaminée en iode (210 becquerels/kg) selon les dernières mesures. La limite fixée par les autorités japonaises est de 100 becquerels pour les bébés.

• Les légumes à feuilles vertes (épinards, choux…), cultivés dans les préfectures proches de la centrale, ont présenté de forts taux de radioactivité incitant le premier ministre japonais, Naoto Kan, a ordonné l’interdiction de leur consommation. Ainsi, des épinards et des oignons cultivés à 160 km de la centrale présentaient entre 100 et 6 000 becquerels/kg d’iode 131 quand la norme fixée par les autorités japonaises est établie à 2 000 becquerels par kilo.

• Des traces de contamination nucléaire ont également été retrouvées dans du lait produit dans la préfecture de Fukushima au Japon. Là encore le gouvernement a souhaité jouer la carte de la prudence et interdire sa consommation. Les traces retrouvées dans le lait suggère que l’herbe mangée par les vaches, distante de 30 kilomètres du site de la centrale, ait été contaminée il y a déjà plusieurs jours.

En Europe, la France a demandé à la Commission européenne d’imposer un « contrôle systématique » sur les importations de produits frais japonais aux frontières de l’Union européenne. Paris a déjà décidé d’inspecter unilatéralement les coquillages et poissons en provenance du Japon.

La situation ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices et risque de fortement s’aggraver face aux prévisions météorologiques désastreuses prévues sur Fukushima et sa région, annonçant pluie et neige à tout va, jusqu’à dimanche.

  • La centrale va-t-elle s’en remettre ?

Au-delà des inquiétudes sanitaires, il est bien évident que l’attention se porte sur la stabilité des réacteurs et la viabilité des installations pour limiter au mieux les dégâts déjà suffisamment conséquents. Pour le moment, les dernières informations ne sont pas de bon pressage. Le rétablissement de l’électricité que certains annonçaient vendredi comme acquis dans les jours à venir apparaît bien plus difficile que prévu. TEPCO poursuit ses efforts et tente de refroidir tant bien que mal les réacteurs toujours en fusion. Les équipes de la filiale ont toutefois connecté 4 réacteurs sur 6 au réseau. Il reste à faire les derniers tests sur les équipements électriques avant leurs branchements définitifs.

Cependant même si le système électrique s’avère viable à nouveau, nous ne sommes pas à l’abri d’un dysfonctionnement des pompes de rétablissement, malgré le courant rétabli, selon un communiqué diffusé samedi par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Dans le cas où ces pompes ne seraient pas remises en marche, il faudra là encore prévoir des plans de refroidissement de secours externe. Autre nouvelle inquiétante de la part de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui annonçait lundi que les rejets volontaires de vapeur, réalisés régulièrement pour éviter une explosion au sein du réacteur 3 – rappelons-le le plus dangereux – pourraient ne plus être correctement filtrés.

  • Avis de Sequovia

L’inquiétude est à son maximum aujourd’hui en France avec l’arrivée du nuage radioactif au dessus de nos têtes. Le gouvernement a été ferme sur ses propos et a déclaré qu’aucun risque majeur n’était à craindre pour la population française. Que pouvons-nous faire d’autre, si ce n’est que de leur faire confiance ? Un grand merci en tout cas aux internautes qui alimentent sans cesse l’information sur notre blog, il est important pour nous de pouvoir créer un réel espace d’échange à ce sujet. Suivez en temps réel les mesures de radioactivité par région grâce à un outil cartographique mis à disposition par l’IRSN sur son site internet. Il met à disposition du public les résultats de la surveillance radiologique du territoire français effectuée dans le contexte des événements nucléaires en cours au Japon.

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