2010 année de la biodiversité

La décision de déclarer 2010 « Année internationale de la Biodiversité » témoigne de la prise de conscience de l’insuffisance des efforts déployés jusqu’ici pour enrayer le processus de perte de la biodiversité, a fortiori pour inverser rapidement cette tendance. Ainsi, les Etats parties à la Convention cadre des Nations unies sur la biodiversité se réunissent à Nagoya (Japon), du 18 au 29 octobre.  Comme l’a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, le 22 septembre dernier lors de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies dédiée à cette question : « le déclin global de la biodiversité s’accélère ». Etant donné ce triste constat, cette rencontre a mis l’accent sur le rôle des acteurs économiques dans la préservation de la biodiversité. A cet effet,  l’économiste indien Pavan Sukhdev a présenté, mercredi 20 octobre, les conclusions de son étude sur « l’économie de la biodiversité et des services écosystémiques« . Faut-il donner un prix à la nature ? Business et biodiversité sont-ils réellement incompatibles? 

  •  Qu’est-ce que la biodiversité ?

 

La biodiversité, ou diversité biologique, constitue le tissu vivant de la planète dont l’Homme fait partie et dépend pleinement (alimentation, vêtements, bois de chauffage, fertilité des sols, etc.).
Elle recouvre l’ensemble des formes de vie sur Terre, les relations qui existent entre elles et avec leurs milieux depuis l’origine commune de la vie. Il faut considérer la biodiversité dans l’évolution continue de la vie sur Terre – dont l’espèce humaine est devenue un acteur majeur.
La biodiversité se considère à plusieurs niveaux : 

•    diversité des gènes (diversité invisible qui est à l’origine de la biodiversité)
•    diversité des espèces (dont l’espèce humaine),
•    et diversité des écosystèmes (dont ceux abritant une forte biodiversité endémique et menacée) 

Il est vrai qu’un mammifère sur dix est en voie d’extinction en France. Mais qui se soucie réellement que le hamster géant disparaisse du sol français ? La préservation de la biodiversité soulève bien plus d’enjeux qu’il n’y paraît. 
Rôle de la biodiversité dans l’équilibre et le fonctionnement des écosystèmes
 Tout d’abord, la biodiversité joue un rôle crucial dans l’équilibre des éco systèmes. Les espèces interagissent à plusieurs niveaux au sein de l’écosystème, l’exemple qui vient le plus souvent à l’esprit est celui de la chaîne alimentaire. Il ne faut pas oublier les insectes pollinisateurs ou encore les animaux qui dispersent les graines pour la reproduction des espèces floristiques. Nous citerons également le rôle de la biodiversité dans le maintien de la qualité de l’atmosphère et des cycles de régulation du climat, mais aussi dans le contrôle de la qualité de l’eau et de l’intégrité des cycles hydriques. 

Rôle économique et social
Par ailleurs, la biodiversité a un rôle socio-économique, et pas des moindres. Un grand nombre d’habitants de la planète terre vivent et survivent grâce à la biodiversité. Sa préservation permettra ainsi le maintien de cette économie.
En 1992, Lévêque et Glachant ont décri plusieurs valeurs de la biodiversité. La valeur d’usage qui peut être divisée en trois sous catégories :
• La valeur de consommation qui suppose une consommation directe des ressources sans transformation. C’est le cas notamment de la cueillette, de la chasse et de la pêche. 
• La valeur productive : les ressources génétiques sont utilisées dans des cycles productifs. On peut citer par exemple les médicaments à base de plantes ou l’exploitation forestière pour le bois.
• La valeur récréative : la biodiversité est exploitée pour les loisirs sans prélèvement pour la consommation, c’est le cas des promenades dans la nature.
 

Rôle alimentaire
L’homme a sélectionné depuis le début de l’agriculture il y a 10 000 ans les variétés végétales et les races animales les mieux adaptées à ses besoins, assurant ainsi 90 % de son alimentation avec 14 espèces domestiques et seules quatre espèces – blé, maïs, riz, pomme de terre – couvrent la moitié de ses besoins énergétiques tirés des végétaux. En parallèle, beaucoup de races et de variétés rustiques disparaissent. Sur quelque 6 300 races domestiques recensées, 1 350 sont menacées d’extinction voire déjà éteintes.
 Depuis toujours les organismes vivants favorisent la régénération, la décomposition et l’aération naturelle des sols. Les insectes pollinisateurs nous assurent fruits et légumes. La richesse de la biodiversité est également copiée pour améliorer les pratiques agricoles.
Rôle pharmaceutique
La biodiversité joue également un rôle dans l’industrie pharmaceutique et par conséquent la santé humaine. En effet, certaines molécules fournies par les espèces végétales ou animales sont utilisées pour la fabrication des médicaments. On estime que près de la moitié des médicaments utilisés (40%) sont issus d’une matière active naturelle extraite du vivant (dans les deux tiers des cas d’une plante). D’après l’OMS, 80 % de la population mondiale dépend des remèdes traditionnels basés sur des espèces sauvages.

  • 10ème Conférence  de la Convention sur la diversité biologique à Nagoya (18 au 29 octobre 2010)

La conférence de Nagoya, qui s’inscrit dans le cadre de l’année internationale de la biodiversité, sera l’occasion de réaffirmer la volonté politique et l’engagement des 193 pays signataires de cette Convention en faveur de la biodiversité. Elle devrait permettre également, grâce à l’adoption d’un nouveau plan stratégique, de structurer les grands axes de l’action internationale pour l’après 2010. L’autre enjeu majeur de ces négociations est l’adoption possible d’un protocole qui établirait un cadre juridique international permettant la juste répartition des avantages, financiers ou autres, issus de l’exploitation des ressources génétiques entre pays fournisseurs et pays utilisateurs de ces ressources.

Rapport de Pavan Sukhdev
La réalisation de l’étude sur « l’économie de la biodiversité et des services écosystémiques » avait été commandée par l’Union européenne en 2008, avec l’ambition de chiffrer  le coût que fait peser à terme sur l’économie mondiale l’absence de politique ambitieuse de protection de la biodiversité. L’économiste indien  Pavan Sukhdev l’a présentée mercredi 20 octobre. Ce rapport ne cherche pas à donner un prix à la nature mais bien de montrer l’importance pour l’économie de la préservation de l’environnement. Il fournit plusieurs exemples pour appuyer sa thèse : la pêche et le tourisme à Hawaï dépendent de l’existence de récifs coralliens qui jouent aussi un rôle de protection contre l’érosion. Le rapport estime que cet écosystème assure à l’Etat d’Hawaï un revenu annuel de 360 millions de dollars. De même en Suissela pollinisation par les abeilles assure chaque année une production agricole estimée à 210 millions de dollars. Il apparaît alors évident que pour des raisons strictement économiques, les hommes ont tout intérêt à préserver leur environnement.

  • Rencontre au Museum d’Histoire naturelle

En parallèle de la rencontre à Nagoya, les grands industriels français se sont réunis autour de la table du Museum d’Histoire naturelle afin de discuter de la question « comment concilier activité économique rentable et sauvegarde de la nature ? ». Les représentants de Lafarge, EDF, Areva, Total et bien d’autres étaient au rendez-vous. Dans de nombreux cas, les activités industrielles d’extraction font le choix de la compensation comme la Caisse des Dépôts, pionnière en la matière. Dans cet esprit, elle a créé CDC Biodiversité en 2008, premier opérateur financier de compensation en matière de biodiversité.
Néanmoins, pour Françoise Gaill, directrice du département développement durable du CNRS, la question de l’érosion de la biodiversité est bien plus qu’une affaire d’argent et de compensation. Il faudrait plutôt qu’elle soit anticipée que compensée. Au vu de l’ampleur de la surexploitation des ressources naturelles, les entreprises de ce secteur doivent apprendre à être prospère sans surconsommer les stocks naturels, grâce à l’économie circulaire. Enfin, lors de la rencontre, l’idée d’une monétarisation de la biodiversité a été soulevée, laissant en suspens bien d’autres questions. Que signifierait donner une valeur économique à des êtres vivants ? François Letourneux, président du Comité français de l’UICN, ne se faire guère d’illusions : « Il ne reste rien des aborigènes parce qu’ils n’avaient pas de valeur économique », même si beaucoup d’écologiste redoutent la marchandisation de la biodiversité et souhaiteraient que la préservation de celle-ci ne s’opère uniquement pour des raisons purement éthiques.

  • L’avis Sequovia

Sauvegarder la biodiversité concerne désormais tous les acteurs. Si, dans un premier temps, les populations locales ont subi les effets pervers de la surexploitation, les industries extractrices ne peuvent plus désormais passer outre cette considération et vont souffrir, elles aussi, tôt ou tard de la pénurie de ressources qui se profile. Le développement durable, en tant que «développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » n’est pas une fable. C’est pourquoi, le Grenelle Environnement a toujours insisté sur la nécessité d’informer l’opinion sur l’érosion de la biodiversité et ses enjeux. Raison pour laquelle un des six groupes de travail mis en place pour le Grenelle était consacré à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles.

Pour en savoir plus : formation Repères pour élaborer sa stratégie de gestion de l’environnement
formation Intégrer le développement durable dans l’entreprise

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