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Tim Jackson fait le procès de la croissance économique illimitée

Tim Jackson, professeur émérite du « Centre for Environmental strategy » (CES) à l’Université du Surrey, porte ses recherches sur le comportement des consommateurs, les systèmes énergétiques durables, l’économie écologique et la philosophie de l’environnement. Au Royaume-Uni, il est l’un des pionniers du développement d’indicateurs alternatifs à la croissance économique. Depuis janvier 2003, il mène des recherches au sein du CES sur la psychologie sociale du consommateur. Son ouvrage paru dans les librairies françaises en mai dernier, Prospérité sans croissance : la transition vers une économie durable, soulève de nombreuses questions autour de la croissance économique actuelle : Peut-on continuer à promouvoir et soutenir une croissance économique illimitée ? Peut-on protéger nos écosystèmes des excès de la croissance ? En ces temps où le retour de la croissance fait débat, il nous a semblé intéressant d’analyser le contenu de cet ouvrage.
  • Tim Jackson et le « dilemme de la croissance »
Rue89 a enquêté sur une question que de plus en plus d’experts ont soulevée : « Et si la croissance ne revenait pas ? » Le journal publie à cet effet une interview de Tim Jackson qui détaille son point de vue sur la croissance économique actuelle et ses conséquences.
Tim Jackson part d’un constat très simple : « une économie en croissance constante répartie sur une planète finie ne marche pas ». C’est pourquoi, le professeur propose un nouveau modèle économique où prospérité économique s’accompagnerait d’investissements durables. Seul un modèle tenant compte du caractère fini des ressources et de l’épanouissement personnel est viable à terme.
Au terme de « décroissance », l’économiste préfère ceux de « dilemme de la croissance » pour souligner tout l’enjeu qui se trouve derrière la croissance économique continuelle. L’auteur de Prospérité sans croissance pointe le fait que la croissance actuelle nous mène « au bord du précipice écologique ». Néanmoins prôner la décroissance ne lui paraît pas justifié puisqu’à son avis, celle-ci reste instable et entraînerait chômage et précarité.
Pour Tim Jackson, « la seule solution est de reconnaître les limites physiques dans lesquelles nous nous trouvons, et donc de limiter la croissance. », comme il est possible de lire dans l’interview menée par Rue89. Pour cela, il serait nécessaire de revisiter le modèle macro-économique actuel pour choisir d’investir dans l’emploi, de réformer les marchés financiers, de remettre en cause le PIB, etc.
L’économiste dénonce le cercle vicieux qui a été forgé au cours des dernières décennies : dépenser de l’argent que les personnes n’avaient pas pour des objets futiles et inutiles. L’insatisfaction permanente des consommateurs est décriée, la soif de consommer a été elle-même construite par le système qui ne pouvait pas survivre sans. Tim Jackson propose pour répondre à ce modèle où en fin de compte très peu de personnes s’y retrouvent, un système où l’épanouissement personnel est de mise.
  • Les pistes de Tim Jackson
Tim Jackson souhaite limiter le capitalisme, en tant qu’il se définit comme la propriété des moyens de production et des avantages qui en découlent. Il estime que c’est à l’Etat que revient la tâche d’investir, du moins en plus grande partie. Les pays riches qui gaspillent les ressources ont le devoir d’adopter leur modèle économique aux nouveaux enjeux écologiques. Les pays pauvres et en développement ont, certains, déjà pris conscience que le modèle de développement à l’occidental n’était plus viable.
Une des premières étapes qui concerne les consommateurs des pays riches, habitués à jeter et consommer sans arrêt, pour sortir du carcan consumériste est de réduire sa consommation. Cela n’est pas aussi simple que l’affirmation le laisse penser : il faut pour cela changer radicalement un mode de vie considéré comme un but à atteindre et une preuve de réussite sociale et ancré très profondément dans les mentalités occidentales comme un symbole de liberté, de bonheur, de succès, etc.
Le second pas concerne l’économie. Tim Jackson estime qu’il faut abandonner la course à la productivité du travail pour le développement de services à la personne et de l’économie solidaire pour un meilleur épanouissement de tous. Des investissements massifs dans l’énergie propre, les économies d’énergie sont indispensables face aux pénuries imminentes. Enfin, le partage du temps de travail et un revenu d’existence, qui rétribuerait l’apport de chaque habitant à la société permettrait de développer une société harmonieuse où chacun trouverait sa place et sa dignité.
  • L’avis Sequovia
Le changement climatique, les futures pénuries énergétiques, le manque d’eau, la rareté de nombreuses ressources poussent indéniablement à une plus grande réflexion autour de la croissance, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Nous ne pouvons plus nier l’évidence qui fait que si l’humanité continue à croître à ce rythme, les dégâts risquent d’être irréparables, sans tourner au mélodrame. Le modèle économique proposé par Tim Jackson et d’autres économistes, replace l’individu au centre. Son équilibre et son bien-être sont aussi importants que l’argent. Repenser une société où chacun pourrait s’y sentir bien, utile et épanoui est un enjeu primordial, à priori à la portée de tous et surement de la responsabilité de tous. Vaste sujet dont on commence à voir, ça et là, l’ébauche de solutions qui s’affranchissent peu à peu de leur connotation utopique pour s’ancrer dans un pragmatisme qui participe à la construction d’un débat essentiel pour l’avenir de la planète.
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  1. CA
    30/09/2010 à 17:14 | #1

    Ce qui est toutefois frappant à la lecture de l’ouvrage, c’est qu’il est plus à l’aise dans l’analyse de la situation que dans la proposition d’alternatives. Lorsqu’on essaye de formaliser les difficultés structurelles de transition (comme ça a aussi été tenté à partir du cas de la « décroissance » : http://www.mouvements.info/La-decroissance-soutenable-face-a.html ), on remarque assez vite que les propositions butent sur une série de lourds facteurs d’inertie. D’où la boutade en conclusion du texte en question, qui se demandait si ramer à contre-courant pouvait inverser le courant.

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