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Le jardin horticole de Vavilov mis en danger par les promoteurs immobilier

Le jardin botanique de Vavilov, survivant de la Seconde Guerre mondiale et de l’ère soviétique, est aujourd’hui menacé par les promoteurs immobilier. Situé à 30 km au sud de Saint-Pétersbourg, il se compose de plus de 12 000 espèces de plantes, qui font de ce jardin un lieu unique au monde.
  • Un peu d’histoire
Nikolaï Ivanovitch Vavilov a envisagé, il y a près d’un siècle, un scénario catastrophe où l’humanité se verrait privée de la biodiversité naturelle. A la fois botaniste, agronome et généticien, Nikolaï a consacré sa vie à l’étude de la végétation et à la collection de plantes cultivées et sauvages. Considérant sa conviction qu’une catastrophe allait décimer l’humanité, sa collection de plantes n’était pas anodine mais se devait d’aider la science à reconstituer tout le patrimoine végétal anéanti. Principalement sous forme de graines mais également d’herbier, cette collection est devenue, déjà de son vivant, une véritable banque, représentant le patrimoine génétique de la flore mondiale.
Officiellement, N.Vavilov a mis ses recherches au service de l’agriculture russe et soviétique afin de la rendre plus performante en recherchant et en sélectionnant des espèces cultivables plus résistantes et plus productives. Mais, malheureusement, les objectifs exigés par les autorités soviétiques dans les années 1930 se révélèrent inatteignables. Alors que N. Vavilov occupait le poste de directeur de l’Institut russe d’horticulture depuis 1921, le biologiste fut arrêté en 1940, après avoir été accusé de vouloir ralentir la science soviétique et d’aller à l’encontre des objectifs fixés par le gouvernement. Trois ans plus tard, il mourut de dystrophie provoquée par la malnutrition. Paradoxe pour celui dont l’activité de toute une vie consista à réaliser une réserve de denrées alimentaires susceptible un jour de sauver le monde?
  • Un lieu unique…
Situé dans deux magnifiques immeubles classés sur une des plus belles places de Saint-Pétersbourg, l’Institut russe d’horticulture continue toujours sa mission d’enrichissement, de conservation et d’étude du patrimoine végétal mondial.
Aujourd’hui, la Banque de semences de l’Institut est classée quatrième mondiale, après celles des Etats-Unis, de Chine et d’Inde. 330.000 variétés de plantes cultivées et sauvages y sont conservées. L’Institut possède en outre un magnifique herbier de 260.000 spécimens, inscrit dans le patrimoine de l’Unesco.
A l’Institut, chaque scientifique a la responsabilité d’une « collection ». Les employés sont des passionnés qui sont « prêts à payer de leur poches pour pouvoir travailler », comme aiment à plaisanter les Pétersbourgeois. Ainsi comme le précise le quotidien Le Monde, Olga Radtchenko gère 370 types de prunes. Résidant à Saint-Pétersbourg, elle parcourt chaque jour un long trajet (deux heures en bus, métro, train de banlieue, bus à nouveau) pour se rendre à son travail. Sa collègue Natalia Poupkova surveille, elle, 300 sortes de groseilles à maquereaux et Olga Tikhonova règne sur 1 000 variétés de cassis. Le personnel fonctionne à l’enthousiasme. Les salaires sont maigres (8 000 roubles en moyenne, soit 200 euros), le matériel fait défaut et le bâtiment de l’administration tombe en ruines.
  • …Mis en danger
Depuis peu, cette collection horticole unique au monde est menacée d’être livrée aux promoteurs. L’Etat est  à l’origine de ce fiasco puisqu’il a gracieusement donné 91 hectares des ces terres à l’Agence fédérale du logement, qui se tarde de vendre le tout aux enchères. Une opération très lucrative qui devrait rapport près de 1 milliard de roubles, soit 25 millions d’euros.
Le jardin botanique réaménagé en cottages devrait plaire à plus d’un riche Pétersbourgeois. Le jardin botanique est une vaste étendue en  pente douce et ensoleillée, 500 hectares de bonne terre plantée d’arbres fruitiers, de baies et de fleurs à 30 kilomètres au sud de Saint-Pétersbourg. Cet eden de la biodiversité est situé aux environs de Pavlovsk, une bourgade impériale dotée d’un magnifique palais où aimait à séjourner le tsar Paul Ier (1754-1801), le fils de la grande Catherine. Ce tableau paradisiaque devrait attirer plus d’un riche Pétersbourgeois…
A l’époque soviétique où la notion de propriété privée de la terre n’existait pas, c’est l’Institut qui jouissait du contrôle du jardin horticole. Mais dès 1995, l’Etat a récupéré les terres et les a confiées à l’Agence du logement. Celui-ci est aujourd’hui le propriétaire légitime et incontestable. La mise en vente d’une parcelle de jardin est juridiquement tout à fait envisageable et légale ! Malheureusement, les scientifiques du jardin trop absorbés par la culture de leur plante n’ont pas su prendre les devants et se retrouvent confronter aujourd’hui à la disparition d’une partie de leur cher patrimoine. En août 2010, un tribunal d’arbitrage a estimé que la préemption des terrains par l’Agence était légale.
  • L’avis Sequovia
Le point positif de l’actualité russe est la destruction de milliers d’hectares suite aux incendies qui ont sévi cet été en Russie. Cette catastrophe écologique devrait amenée les autorités à revoir leur positionnement en matière de préservation de la biodiversité. Néanmoins, au vu des sommes d’argent en jeu dans cette affaire, le pire est à redouter. Le rapport de la commission est attendu pour le 15 septembre. Espérons que l’appat du gain ne prime pas une fois de plus sur la préservation d’une richesse si précieuse et délicate.

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