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Prolifération des algues vertes en Bretagne

Depuis 40 ans, le littoral breton est, chaque été, envahi par les algues vertes : 40 000 à 70 000 mètres cube d’algues vertes s’échouent chaque année sur les plages bretonnes, principalement celles des Côtes d’Armor et du Finistère. Le problème n’est pas uniquement un manque d’ « esthétisme » des plages nuisible à l’activité touristique, mais aussi et surtout de l’ordre de la santé publique. Et malheureusement, les activités humaines qui contaminent les sols (rejets urbains, engrains agricoles) favorisent la prolifération des algues.
  • Un problème considérable
Les algues vertes « Ulva Armoricana » se développent naturellement entre mai et octobre. Si elles sont encore fraîches, elles ne présentent aucun danger. En revanche, les algues en état de décomposition qui échouent sur les plages sont hautement toxiques. Le soufre qu’elles contiennent produit de l’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz mortel.
Celui-ci a déjà causé la mort d’un cheval fin juillet 2009. Il a été asphyxié alors qu’il traversait une plage recouverte d’algues vertes. Le cavalier a été sauvé alors qu’il faisait un malaise. Suite à cet incident, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, a mandaté l’Institut national de l’environnement et des risques (Ineris) pour analyser la toxicité des algues vertes.
Les résultats sont quelque peu alarmants puisque à l’endroit exact où le cheval a subi une mort foudroyante, les chercheurs de l’Ineris ont mesuré une concentration proche de 1000 parties par million (ppm). Données préoccupantes quand on sait qu’un homme meurt en une minute s’il s’aventure dans une zone où le taux d’hydrogène sulfurisé est de 1700 ppm. Le H2S s’attaque alors au système nerveux et peut entraîner une amnésie ou, plus grave, un œdème pulmonaire.
  • Un plan gouvernemental pour s’attaquer aux algues vertes
Suite à l’incident du cheval et de la mort suspecte d’un chauffeur transportant des algues vertes, le gouvernement a lancé en 2009 un plan pour combattre la prolifération des algues vertes en Bretagne.
Le Premier ministre, François Fillon, s’est rendu en août 2009 sur la plage de Saint-Michel-en-Grève pour annoncer la création d’une mission interministérielle sur la gestion du risque des algues vertes.
« Nous allons expérimenter le ramassage des algues à la fin de l’hiver, en mer, afin, nous l’espérons, d’éviter des proliférations comme celle que nous avons connues cet été » avait déclaré le Premier ministre devant des élus locaux et des responsables associatifs. 700 000 euros ont été débloqués pour assurer la lutte contre la prolifération des algues. Somme jugée insuffisante par les locaux pour endiguer véritablement le phénomène.
  • Légère amélioration cette année
La visite express de François Fillon l’année dernière et les 700 000 euros n’expliquent pas le recul des algues cette année mais bien une météo favorable.
En effet, l’hiver 2009/2010 aura été long et rigoureux et aura fait chuter la température de la mer à moins de 10°Celsius. Le climat agité a permis de disperser les algues au large. L’important ramassage d’algues en 2009 a également favorisé la moindre présence d’algues sur les plages en 2010.
C’est pourquoi le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno se félicitent aujourd’hui des « efforts importants » effectués dans la lutte contre les algues vertes depuis le plan lancé il y a un an par le gouvernement.
  • Mise en cause des activités humaines intensives
La toxicité des algues vertes provient en partie de leur teneur en nitrates, conséquence de l’utilisation d’engrais agricoles, qui rejettent des nitrates dans la mer. Plusieurs centaines de personnes s’étaient d’ailleurs réunies le 9 août 2009 sur la plage de Saint-Michel-en-Grève pour protester contre les méthodes de l’agriculture intensive.
Des efforts ont été réalisés pour une meilleure gestion des engrais par les agriculteurs bretons. Suite aux réclamations, Bruno Le Maire obtempère : « On demande aux agriculteurs de changer de cap mais si on veut changer les pratiques, il faut accompagner les agriculteurs ». Et d’ajouter : « L’agriculture doit rester une force et un atout pour la Bretagne. »
  • Valorisation possible
Si les algues en décomposition à l’état naturel sont hautement toxiques, elles peuvent aussi être judicieusement valorisées. Le compostage des algues effectué aujourd’hui à hauteur de 50% de la quantité prélevé cette année, pourrait l’être à hauteur de 100% l’année prochaine, selon les propos de Chantal Jouanno.  La méthanisation est une autre valorisation possible : via les effluents d’élevage pour une meilleure valorisation de l’azote produit sur le territoire et une réduction de l’utilisation d’engrais chimiques, et via les algues vertes en utilisant notamment la chaleur excédentaire pour sécher les fourrages.
  • L’avis Sequovia
Mieux gérer les productions les productions industrielles via une optimisation de l’utilisation des engrais est  encore une fois prouvé. Notre but n’est nullement de sermonner mais juste de montrer l’importance du développement durable qui n’est pas juste une mode passagère mais une nécessité pour l’avenir.

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  1. 04/09/2010 à 12:51 | #1

    il faut faire payer les pollueurs, ça fait trente ans qu’on parle du problème et personne n’a réduit l’utilisation des nitrates, tous les cours d’eau sont pollués et polluent eux même le litoral. Ce phénomène existe partout où un cours d’eau se jette dans la mer, en Vendée la vie et le jaunay charrient suffisament de nitrates pour polluer la cote de Bretignolles à St Hilaire

  2. 20/03/2011 à 16:58 | #2

    Changer le regard que les gens portent sur l’agriculture

    De nos jours, les discours au sujet des algues vertes diffèrent et se contredisent. Une partie de la population ne sait plus à quoi s’en tenir et se réfère aux médias qui n’hésitent pas à mettre le doigt sur les agriculteurs.

    Nous sommes fils d’agriculteurs, et nous souhaitons l’être plus tard, il nous a paru indispensable d’étudier ce sujet polémiqué au travers de ce PIC.
    plus d’info sur notre blog: (picalguesvertes.wordpress.com/)

    Dernièrement, beaucoup d’accusations dangereuses ont fait l’objet d’une campagne d’affichage sur le sujet des marées vertes. Cette campagne, si peu objective, gâche un travail de fond de la part de la profession agricole ; un travail de longue haleine qui va dans le bon sens, même si les résultats ne sont hélas pas encore assez visibles aux yeux du grand public.

    Ces accusations ne peuvent conduire à des évolutions constructives et durables.

    Il faut arrêter de stigmatiser cette profession et se rendre compte que chacun est concerné avec les stations d’épuration des communes qui ne sont pas aux normes et les fosses des particuliers qui s’écoulent dans les douves.

  3. bdesmier
    20/03/2011 à 18:41 | #3

    @friquet lionel
    Nous ne souhaitons pas stigmatiser les agriculteurs en général pas plus que les éléveurs de porcs bretons. Nous ne cutionnons pas la campagne de publicité récente, qui faisait un dangereux amalgame, tant pour les agriculteurs que pour les départements bretons. En revanche, comme nous avions déjà répondu à l’un de vos précédents commentaires, il nous semble important de signaler qu’il existe des solutions paliatives à l’élevage sur caillebotis… Pour éclairer le sujet, nous proposons à nos lecteurs quelques articles.
    Etude de l’INRA de Rennes publié dans lafranceagricole.fr du 25/06/2010 : http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/algues-vertes-les-chercheurs-tablent-sur-des-solutions-a-dix-quinze-ans-29245.html*
    La démarche de cohérence en production porcine publié par le réseau cohérence : http://www.reseau-coherence.org/spip.php?article518
    L’impact environnemental de l’élevage porcin sur litière : http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/prod-porcine/documents/Prod72.pdf
    Et plus généralement : http://www.leporc.com

  4. 05/09/2012 à 11:12 | #4

    Le problème de fond réside dans l industrialisation du porc depuis les années 1960 malgré la conscience partagée des éleveurs depuis le début sur la nocivité écologique du système. Considérant cette orientation comme un progrès économique et une revanche de la Bretagne agricole longtemps restée archaïque et à la traîne des résultats nationaux, le pouvoir politique et les organisations syndicales ont fermé les yeux. Jusqu aux accidents et leur répercussions dramatiques sur l image de la Bretagne laquelle, au demeurant fut un exemple dans la préservation de ses paysages et de son architecture historique.
    Vu de loin et sans aucune qualité d expertise dans ce domaine je pense que la solution à long terme réside dans la décroissance de l élevage intensif du porc dont les cours d ailleurs ne semblent pas inciter, comme ils ont pu le faire, à des invtissements à long terme. Comme il en est pour la viticulture de base sinistrée par la surproduction ((Bordeaux, Midi….) il faut changer le système, encourager les départs à la retraite, décourager les jeunes pour la reprise.
    Le système s est épuisé par sa non competivite a cause de la mondialisation et sa dangerosité écologique.
    Les primes au départ en retraite pour arrêt d activité, meme anticipee,doivent être suffisamment attractives pour décourager la reprise.
    L enseignement de l élevage intensif du porc doit être supprime.Une reconversion pour l élevage de plein air de races résistantes ne serait elle pas une voie? En Bretagne les chênes sont rois et le glandage des porcs ne serait qu un retour à une pratique ancestrale. Pourquoi les amateurs de jambon achètent t ils en en Espagne? Car le cul noir de plein air nourris aux glands c est très bon. Facile à dire mais une reconversion agricole est longue et difficile. Le pouvoir politique doit s engager aussi fort dans la récession qu il ne l à fait il y a un demi siècle dans le modèle industriel et triomphal du porc breton
    FRANCK DUBOURDIEU
    œnologue, agronome

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