La Russie à feu et à sang

La Russie connaît la pire canicule depuis mille ans. Celle-ci combinée aux incendies ravageurs  a déjà causé la mort de 52 personnes et doublé la mortalité à Moscou. Alors que l’état d’urgence est déclaré autour de plusieurs sites dangereux, l’aide internationale se mobilise afin d’éviter une propagation des incendies. Toujours est-il que la catastrophe ne s’explique pas uniquement par des facteurs naturels, la bonne gestion des forêts est actuellement mise en cause pour expliquer un tel désastre.

  • Des risques sanitaires considérables
Des centaines de milliers d’hectares (presque 200 000) sont actuellement en proie aux flammes, alors que plus de 700 000 ont déjà brûlé. Ces incendies d’une ampleur considérable sévissent en Russie depuis fin juillet. En plus de la question écologique, l’aspect sanitaire est aujourd’hui soulevé par le département de la santé de la mairie de Moscou. Selon  Andreï Seltsovsky, responsable des services de santé de la capitale russe : « Le taux de mortalité moyen à Moscou oscille d’ordinaire entre 360 et 380 morts par jour. Aujourd’hui, nous sommes aux environs de 700″. Le problème vient principalement d’un manque d’oxygène dans l’air et aussi d’une surcharge de monoxyde de carbone due à la fumée des incendies. Ce gaz toxique, en quantité 3,1 fois supérieur à la normale dans la capitale, empêche une bonne circulation de l’oxygène dans le corps. A cela s’ajoute le problème lié aux particules qui s’infiltrent dans les poumons et peuvent endommager à long terme les voies respiratoires.
Alors que la température peut atteindre 44 ° dans la partie occidentale de la Russie où les incendies ravagent le paysage, le Ministre des situations d’urgence, Sergueï Choïgou, se veut optimiste quant à la maîtrise des feux et assure que ceux-ci seraient sous contrôle d’ici 5 ou 7 jours !
  • Pays en état d’urgence
L’enjeu est d’autant plus considérable que les incendies menacent des sites dangereux comme le centre de retraitement et de stockage de déchets nucléaires de Maïak, le centre d’armement nucléaire de Snejinsk, dans l’Oural, et le centre nucléaire de Sarov, à 500 km à l’est de Moscou. Ceux-ci sont placés sous haute surveillance pour éviter qu’une catastrophe irréparable ne survienne. Et cela au prix de la mort de deux soldats et d’un militaire survenue hier autour du centre nucléaire de Sarov.
  • Un besoin crucial d’aide
Le gouvernement russe a mobilisé 200 000 pompiers, 220 aéronefs, 25 000 véhicules pour endiguer la catastrophe. Toutefois,  le ministère des Situations d’urgence a lancé, vendredi dernier, un grand appel aux volontaires pour tenter d’enrayer la propagation des feux. Et  les aides internationales se multiplient. La France a débloqué un certain de nombre de moyens matériels pour venir en aide au pays sinistré. Paris « a transmis samedi soir aux Autorités russes une première proposition de contribution comprenant un détachement de 120 hommes, 37 véhicules, 15 motopompes et un avion bombardier d’eau DASH », selon le communiqué du gouvernement français. Il est en de même de la Pologne qui a mis à disposition 155 pompiers pendant trois semaines et de l’Italie qui a dépêché deux Canadairs. Néanmoins, aucune action au niveau européen n’a été lancée, sous prétexte que les autorités russes n’en ont pas fait la demande explicite.
  • Comment expliquer une telle catastrophe ?
Comment expliquer qu’un pays disposant de tant de moyens financiers n’ait pas réussi à bloquer la propagation des incendies ? Il est vrai que le territoire russe extrêmement étendu ne facilite pas la tâche. Néanmoins, le pays qui dispose d’une des plus importantes réserves de forêts, n’a pas suffisamment prêté attention à l’entretien de ce patrimoine naturel au cours des dernières années.
En effet, au temps de l’URSS, un important dispositif d’entretien des forêts existait, celui-ci s’est vu petit à petit élimé, et depuis la libéralisation de l’économie dans les années 90, plus personne ne s’est préoccupé de sauvegarder une telle richesse. La suppression du ministère de l’environnement et le nouveau code forestier établi par Vladimir Poutine n’ont certes pas arrangé la situation. Les forêts sont considérées uniquement comme source de revenus, et le nouveau code entérine la fin de la protection des forêts au niveau national. Il a notamment entraîné la suppression de 70 000 postes de gardes forestiers. La protection des forêts est désormais dévolue aux régions qui manquent considérablement de moyens, de synchronisation et de coordination, notamment lorsque les incendies passent d’une région à une autre.
  • L’avis Sequovia
Cette catastrophe  est avant tout une problématique de développement durable. L’exploitation des ressources naturelles sans prise en compte des impacts, dans le seul objectif de faciliter le profit n’est ni viable, ni vivable et surement pas équitable.  Non, le développement durable n’est pas uniquement une belle expression qu’il faut lancer à tort et à travers mais bien une nécessité pour que de tels phénomènes ne se reproduisent pas.

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