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Principe de précaution : Science sans conscience n’est-il que ruine de l’âme ?

equilibreA l’heure des OGM, des nanotechnologies, du nucléaire, du changement climatique et de la grippe A – H1N1, le principe de précaution est plus que jamais d’actualité. Touchant simultanément à la santé, à l’environnement et au bonheur, ce principe éthique, institué dans les racines du développement durable, précise la réserve à avoir devant un problème dont on ne connait pas précisément les conséquences possibles. Une belle avancée a priori, mais qui souffre aussi de quelques travers.

Principe de quoi ?
Le principe de précaution explique que « l’absence de certitude, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommage grave et irréversible à l’environnement, à un coût économiquement acceptable » selon la définition de la loi Barnier de 1995. Cette définition est volontairement transversale pour prendre en compte tous les aspects possibles (médical, environnemental, social…) et assez large pour pouvoir s’adapter à un grand nombre de cas de figure.

Prévenir pour ne pas avoir à guérir

Une démarche perçue comme rassurante
La multiplication exponentielle des nouvelles technologies rend le monde mouvant et donc inquiétant. L’appréhension est légitime, et se base sur des faits avérés (comme l’affaire du sang contaminé ou l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl par exemple), et sur la peur traditionnelle de l’avenir. Le principe de précaution joue donc le rôle de catalyseur pour garantir que les décideurs devront se soucier de la sécurité.
Un complément à l’analyse du risque avéré
Le principe de précaution vient compléter le dispositif d’aide à la décision en proposant une démarche applicable aux risques potentiels, qu’ils soient étayés par des hypothèses solides ou simplement perçus par l’opinion publique.
Un stimulant à la recherche
Fondé sur l’incertitude scientifique, le principe de précaution conduit naturellement à approfondir les connaissances et donc il stimule la recherche afin que celle-ci lui apporte les réponses aux questions que sa formulation met en lumière.

Entre ruine de l’âme et ruine de notre imagination, la marche est petite

Un risque de frein à l’innovation technologique
« Dans le doute, abstiens-toi ! », c’est ce que semble nous susurrer ce principe. Une application trop large du principe de précaution reviendrait donc, de fait, à paralyser l’innovation.
Un risque de confusion entre risques avérés et risques potentiels
Actuellement, certains risques potentiels sont fortement dénoncés (je pense notamment à la grippe A – H1N1) alors que d’autres risques réels (le réchauffement climatique et la prolifération nucléaire notamment) ne trouvent pas écho dans les actes, du fait d’un subtil amalgame entre risque potentiel et risque avéré (ce dernier devenant familier, car réel !). Connaître un danger revient donc à l’accepter un peu, alors  que ne pas le connaître laisse place à l’imagination et en devient ainsi plus redoutée.
La précaution peut être remise en cause si elle n’est pas avérée
Si le risque a été surévalué (c’est le cas pour la grippe A – H1N1), on en vient à penser a posteriori que le principe de précaution était excessif, remettant en cause la décision initiale prise dans une nébuleuse scientifique. Il est donc très difficile d’évaluer a posteriori le gain (du point de vue de la santé de l’environnement, mais aussi économique) des mesures de précaution.

L’avis Sequovia
Entre précaution et immobilisme, la marche est petite. Mais entre non-précaution et insouciance aussi… Etablir la précaution comme principe applicable à toute situation de façon trop vague est donc dangereux, mais ne pas s’y référer tout le temps l’est tout autant…
L’éthique doit donc être le principe suprême, et le principe de précaution raisonné (c’est-à-dire appliqué de manière réfléchi) pourra alors être appliqué de manière systématique, mais proportionnellement à un risque dont l’incertitude doit être mesurée et comparée au x bénéfices prévus.

Source principale : http://www.office-elevage.fr/vpc/10jsmtv/conf-03-01.pdf

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  1. KRESSMANN
    12/01/2010 à 09:15 | #1

    Je suis tout à fait d’accord avec vous : le principe de précaution, en apparence très séduisant parce que rassurant, est à manier avec beaucoup de « précaution ».On le constate particulièrement dans le cas des maïs OGM : la Commission économique et ethique du HCB qui a constaté pourtant tous les avantages avérés de ces maïs, validés aussi par les agriculteurs qui les utilisent de plus en plus, a néanmoins demandé de continuer à interdire ces maïs pour la raison qu’il y pourrait y avoir des dangers « potentiels » hypothétiques ( souvent purement politques) qui l’emportent sur les avantages certains.C’est une supercherie que je considère comme un détournement du principe de précaution.Voir l’opinion de l’AFBV sur ce sujet: http://www.biotechnologies-vegetales.com .Si ce principe avait été appliqué au XXème siècle dans notre pays avec autant de zèle, imaginons comment nous, français, vivrions aujourd’hui…Toutes les grandes innovations et probablement aussi les petites ,auraient été retardées de 10,20,30ans, voire interdites: automobile,TGV,l’énergie nucléaire, le telephone portable,médicaments,appareils ménagers… Espérons que le gouvernement aura le courage de ne pas suivre cet avis du HCB qui a reconnu en même temps, par l’intermédiaire de son Comité scientifique, que les maïs OGM étudiés ne sont pas toxiques et donc n’étaient pas dangereux pour la santé…. Mais le courage politique est il encore une valeur actuelle alors que ce sont les sondages qui leur servent de guide de conscience? Le risque zéro n’existant pas, nos gouvernants sont-ils capables d’assumer le moindre petit risque….pour leur carrière politique?

  1. 18/07/2010 à 13:23 | #1

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