Accueil > Développement durable, Energies renouvelables, Humanitaire > DESERTEC, le salut énergétique mondial viendra-t-il du désert ?

DESERTEC, le salut énergétique mondial viendra-t-il du désert ?

desertec290% de la population mondiale habite à moins de 3000km des déserts. D’où l’idée invraisemblable initiée par le Club de Rome : installer de gigantesques centrales thermiques dans le désert pour subvenir aux besoins énergétiques mondiaux, réduire la pauvreté et résoudre le problème climatique !

Un concept révolutionnaire pour un projet pharaonique

DESERTEC est une initiative industrielle unique en son genre menée par 12 entreprises, dont les allemands Siemens, Solar Millennium, Munich Re, RWE, SCHOTT Solar, ou encore l’espagnol Abengoa et le suisse ABB. C’est un projet initié par le Club de Rome.

Ainsi, ces entreprises se sont regroupées autour de la société DII GMBH qui va révolutionner le monde de l’énergie. Leur but : utiliser les déserts pour produire de l’électricité.

Le Centre aéronautique et aérospatial allemand (DLR) a largement contribué aux études préliminaires du projet, et a calculé que couvrir 0,3% des déserts d’Afrique du Nord produirait assez d’électricité pour la région et l’Europe.

Ainsi, le projet DESERTEC prévoit l’installation d’une vingtaine de centrales solaires de 5 GW chacune. Soit environ 100 GW, presque autant que la capacité de production électrique française. De quoi fournir en électricité la région et, au-delà, l’Europe. Selon ses promoteurs, DESERTEC pourrait fournir 15% des besoins en électricité de l’Europe en 2050.

En comparaison, la plus grosse centrale thermique actuelle se trouve au Portugal et a une puissance maximale de « seulement » 46 MW…

Surfaces nécessaires pour couvrir les besoins énergétiques de la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), UE à 25 et du monde
Surfaces nécessaires pour couvrir les besoins énergétiques de la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), UE à 25 et du monde

L’avantage des centrales thermiques solaires à concentration (Concentrating Solar-Thermal Power, CSP) réside dans leur mode de fonctionnement. La lumière du soleil est d’abord concentrée par des miroirs paraboliques vers des tours géantes remplies d’un fluide calorifique (huile, sel fondu…) puis transformée en vapeur qui alimente, comme dans une centrale conventionnelle, des turbines productrices d’électricité. Étant donné qu’il est possible techniquement et économiquement de stocker la chaleur, les centrales thermiques solaires sont en mesure, grâce à l’énergie solaire stockée, de produire par temps couvert ou même la nuit de l’électricité.

Les CSP (Concentrating Solar-Thermal Power) seront installées en plein désert

Les CSP (Concentrating Solar-Thermal Power) seront installées en plein désert

.

Un projet réaliste ou utopiste ?

Ce projet, toujours en phase d’étude, déclenche de nombreuses polémiques, certains observateurs le trouvant surdimensionné, d’autres redoutant une forme de néocolonialisme.

Ce projet se fera-t-il au détriment des populations locales pauvres ?
Le projet DESERTEC vis aussi à développer les pays du MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), en assurant « une part considérable » de l’approvisionnement en électricité de ces pays, en dessalement l’eau de mer pour fournir ces pays en eau potable et en participant au développement de ces pays.
De plus, une entreprise nord-africaine figure actuellement parmi  les signataires de Desertec : le groupe agro-alimentaire algérien Cevital, l’une des grandes entreprises d’Algérie, spécialiste d’huile et de margarine, l’une des success-stories algérienne de ces dernières années.
A noter aussi la présence lors de la signature du protocole d’accord de représentants de la Ligue arabe et du ministère égyptien de l’énergie.

Ce projet nous rendrait-il dépendant de pays à la stabilité limitée ?
Le leader allemand du solaire, Solarworld, qui utilise le solaire photovoltaïque (avec des cellules photovoltaïques, une toute autre technologie que le solaire thermique), résume les avis des sceptiques en expliquant que « construire des centrales solaires dans des pays instables conduit à une dépendance similaire à celle qui existe déjà vis-à-vis du pétrole. »
Cette initiative fait ainsi de l’Afrique un centre stratégique essentiel pour l’approvisionnement énergétique, un « nouvel Eden » qui pourrait créer de fortes tensions dans ces régions à la stabilité déjà précaire…

Du fait d’éloigner fortement la production de la consommation d’électricité, quelles seront les pertes engendrées ?
Le transport d’électricité se fera par câbles sous-marins à courant continu haute tension (CCHT), n’engendrant des pertes que de 3% pour 1000km de distance.
De plus, cet approvisionnement nécessite un fort maillage du réseau, et le développement actuel des supergrids (réseaux géants de distribution intelligents) pourraient gérer ce réseau d’une grande complexité.

Le sable, un corrosif puissant
Le pire ennemi des panneaux solaires sera peut-être le vent de sable qui va les dépolir et les rendre inopérants rapidement. Les technologies sont en pleine mutation et de nombreuses avancées sont à même de résoudre ce problème.

Ce nouvel approvisionnement amènera-t-il des instabilités lors des pics de la demande ?
Comme décrit dans un précédent article, les pics de consommation électrique posent de nombreux problèmes technologiques et environnementaux.
Mais les CSP (centrales solaires à concentration) n’ont pas le même mode de fonctionnement que les centrales éoliennes et photovoltaïques, car elles s’adaptent à la demande (et ne nécessitent donc pas d’apports de centrales d’ajout comme les centrales à charbon, à gaz ou hydroélectrique).
En effet, Cependant, pour les CSP, il est possible, en cas de pics de consommation, d’alimenter les turbines de la centrale héliothermique au moyen de biocarburants ou de gaz. La CSP peut ainsi produire de l’électricité en fonction des besoins.

Ce projet titanesque est-il réaliste financièrement ?
Le coût est estimé à quelque 400 milliards d’euros, dont 350 milliards pour les centrales elles-mêmes et 50 milliards pour les réseaux de transmission électrique.
L’Union européenne, poussée par l’Allemagne qui a fait de ce projet le sien, devrait être mise à contribution. C’est en tout cas ce qu’a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qui ont déjà salué l’initiative et indiqué que l’UE pourrait apporter des crédits.
Mais l’échéance du projet est à 2050, et le projet doit encore être plus abouti pour discuter des financements.

Grâce au projet DESERTEC du Sahara et un fort maillage du réseau, 15% de la consommation énergétique de l'EUMENA pourrait être assurée

Grâce au projet DESERTEC du Sahara et un fort maillage du réseau, 15% de la consommation énergétique de l'EUMENA pourrait être assurée

.

De nombreux bénéfices environnementaux et de co-développement

Pour résumer, outre les perspectives commerciales s’offrant aux entreprises, il faut noter que ce projet entrainera de nombreux avantages :
-    une sécurité énergétique renforcée dans les pays EUMENA (Europe, Moyen-Orient et Afrique du Nord)
-    des perspectives de croissance et de développement pour la région MENA grâce aux énormes investissements réalisés par les investisseurs privés
-    une garantie du futur approvisionnement en eau potable dans les pays du MENA grâce à l’utilisation du surplus d’énergie dans des usines de dessalement d’eau de mer
-   une réduction des émissions de carbone et, donc, une contribution non négligeable pour soutenir les objectifs de protection du climat de l’Union européenne et du Gouvernement allemand

.

L’avis Sequovia

Pour assurer un mode de vie décent aux 9 milliards d’humains qui peupleront la Terre d’ici 2050, tout en décarbonnant notre production d’électricité pour protéger le climat, voici un projet qui en impose !

Utopique ou simplement visionnaire ?
Cette initiative montre surtout que, face à des problèmes énergétique et climatique de grande ampleur, les solutions doivent être elles aussi à la hauteur de ces défis. Ce projet fantastique sera donc viable que si l’on propose à l’Afrique un plan de développement commun. Le défit politique est donc aussi grand que le défit technique dans cette affaire. Mais ce projet ne manque pas d’allure, et de nombreux soutiens comme Greenpeace se positionnent pour mettre en valeur les nombreux avantages de ce projet titanesque.

Le document de description du projet en français : DESERTEC

Articles proches :

Julien Morel Développement durable, Energies renouvelables, Humanitaire , ,

  1. Petitjean
    06/11/2009 à 07:58 | #1

    Félicitations pour votre analyse et surtout pour votre conclusion. Ce projet en impose et offre une vraie chance de faire vite pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous devons le soutenir !

  2. 15/11/2009 à 10:59 | #2

    C’est un grand projet economique, ecologique et humain entre les peuples du Nord avancés et ceux du Sud qui veulent exister dignement.l’impact ecologique du projet est multiple à savoir la stabilisation des populations dans les pays du sud , le redeploiement des populations vers le sud du sahara grace aux espaces agricoles qu’on peut créer avec l’eau et l’energie.Le projet est realiste est meme d’actualité.

  3. Nono
    17/11/2009 à 16:17 | #3

    On a envie d’y croire. Mais…
    Entre la première annonce et les suivantes, j’ai eu le sentiment que les objectifs de développement local ont été ajoutés en catastrophe face à la levée de bouclier, par exemple. Votre article a le mérite de préciser bien des points que je n’ai pas trouvé ailleurs, y compris la confusion entre photovoltaïque et solaire thermique ou les technologies de transport longue distance. Mais si vous présentez les questions de fragilité de façon positive, j’ai quand même l’impression que concentrer une production électrique aussi gigantesque (chaque centrale étant 100 fois plus grande que la plus grande centrale actuellement en service, toutes technologies confondues) non seulement sur quelques lieux mais aussi dans quelques mains industrielles n’est pas sans risque, loin s’en faut.

    Restons optimiste… et vigilant : le projet peut-être amendé 100 fois avant de passer en phase réalisation.

  4. 08/10/2010 à 11:18 | #4

    Non ….le salut énergétique ne viendra pas du desert ! Nous n’avons plus besoin de la chaleur direct du soleil ! Avez vous songé que l’air et l’eau sont des accumulateurs énergétiques de premier ordre et sans entretient, et dont la recharge est constamment entretenue par le soleil lui même . Et nous pouvons capter ces énergies de réserve : le jour , la nuit , sous la pluie , par beau temps , par mauvais temps , en altitude , dans les mers ..etc…..et ce tous les jours que le Bon Dieu fait ! ! ! L’énergie sans limite !
    Pour en savoir plus : «  » mazille.philibert@free.fr «  »

  1. 02/10/2010 à 18:38 | #1

Déposer un commentaire à l'article : DESERTEC, le salut énergétique mondial viendra-t-il du désert ?