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La taxe Tobin refait surface : Barroso réélu la soutient

Taxer les transactions financières ? Dans un climat de crise économique et financière, l’idée d’une taxe Tobin, récurrent loup de mer de la scène financière, refait encore une fois surface. Mais cette fois, elle a un appui de taille : Jose Manuel Barroso, qui vient d’être réélu à la tête de la Commission européenne.

 

Une taxe « Robin des Bois » pour sauver la finance et les pays du Sud ?

La taxe Tobin, aussi appelée « taxe Robin des Bois », est née en 1978 de l’esprit du prix Nobel d’économie James Tobin, professeur à l’université de Yale.

Elle visait à imposer les transactions monétaires (opérations de change d’une monnaie à une autre) à un taux très faible, de 0,1 % à 0,25 %. Cela de manière à ne pas pénaliser les activités de l’économie réelle (importations, exportations, investissements), mais à mettre un « grain de sable » dans les rouages de la spéculation.

Car déjà à cette époque,  la mondialisation des échanges, la déréglementation et le flottement des monnaies s’installaient confortablement, favorisant la spéculation et rendant instable le système financier. En effet, l’année 1976 sonne le glas des accords de Bretton Woods et libère ainsi les monnaies nationales de leur annexion au dollar. Les échanges de monnaie explosent donc, et un nouveau système de régulation se dessine alors.

Les objectifs de cette taxe sont multiples, et s’entremêlent pour former un ensemble cohérent.

L’objectif premier est de limiter la spéculation à court terme. En effet, cette taxe se caractérise souvent par une multiplication des échanges. Et, en augmentant le coût de chaque transaction à court terme, la taxe Tobin demanderait ainsi un effort de réflexion et une prise de risque plus grande pour un même placement. La spéculation pourrait ainsi être limitée.

Mais c’est aussi une mesure sociale tout à fait révolutionnaire qui pourrait s’opérer, car les fonds récoltés par cette taxe pourraient servir à créer des ressources propres permettant de financer les institutions internationales, en garantissant du même coup leur indépendance. Et l’apport que cette taxe pourrait avoir n’est pas négligeable : Bernard Kouchner a ainsi annoncé qu’une taxe de 0,005% (et donc indolore) sur les transactions interbancaires pourrait à elle seule rapporter 20 milliards d’euros par an pour financer le développement. Soit cinq fois moins que l’aide au développement actuel, mais de quoi relancer des « Objectifs du millénaire » visant à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Car ces objectifs sont actuellement délaissés de l’opinion publique…

 

Au-delà du « grain de sable » qu’elle mettrait dans les rouages de la spéculation, et des sommes considérables qu’elle pourrait dégager pour le bien commun de l’humanité, la taxe Tobin est devenue le symbole de la volonté de reconquête des espaces démocratiques confisqués par la finance. Et c’est précisément ce caractère emblématique qui inquiète les financiers, soucieux de voir les politiques s’insérer dans leurs affaires.

 

Tobin or not Tobin ?

Fer de lance d’associations altermondialistes comme ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens), la taxe Tobin pourrait-elle être reprise par les gouvernements ? C’est le pari fou qui semble être lancé en ce moment. Mais si la taxe Tobin a déjà fait des adeptes dans l’opinion publique, les réactions sont diverses.

Parmi les politiciens, les dirigeants allemands et autrichiens se sont dits ouverts à la taxe Tobin. Mais le premier ministre suédois, dont le pays préside actuellement l’UE, a indiqué qu’il ne pensait pas « que ce que ce soit la réponse ».

Cette semaine, la taxe Tobin s’est trouvée un nouvel allié de choix : le récemment réélu président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il avait ainsi soutenu l’idée mardi, mais à condition que la taxe s’applique au niveau mondial et donc qu’elle « ne mette pas en cause la compétitivité de l’Europe » en provoquant un exil des banquiers de Londres et Francfort. Et si les eurodéputés lui reprochent une certaine mollesse face à la crise, le réchauffement climatique et la politique sociale de l’Europe, il se rattrape un peu et déclare vouloir proposer aux plus grands un nouveau débat pour la taxe Tobin, lors du G20 de Pittsburg la semaine prochaine.

Mais après deux décennies de conspiration du silence autour de cette proposition, de nombreuses réticences persistent dans toute la communauté de la finance pour faire barrage à cette maudite taxe. Ainsi, entre deux épisodes de son raid sur la Société générale et Paribas, M. Michel Pébereau, président-directeur général de la BNP, a trouvé le temps de venir participer à un colloque pour expliquer longuement qu’elle était à la fois impossible à mettre en place, inefficace et – sans sourciller – inéquitable.

 

Le sommet de Pittsburg, un moment historique pour le développement durable ?

Le sommet de Pittsburg risque de devenir historique pour le développement durable, car en supplément de cette taxe Tobin qui doit être proposée par J.-M. Barroso, Nicolas Sarkozy demandera une modification des critères de calcul du PIB à la suite du rapport Stiglitz rendu ce lundi. Il est à noter que Joseph Stiglitz, autre prix Nobel d’économie, soutient lui aussi la taxe Tobin.

 

L’avis Sequovia

Vraie solution ou idéologie, la taxe Tobin ne résout pas tous les problèmes, mais a le mérite de remettre de l’ordre dans la dérèglementation et l’instabilité financières. Du même coup, elle se propose de favoriser un élan de générosité « imposé » pour développer les pays pauvres et  rééquilibrer le système de la mondialisation, déclencheur d’inégalités grandissantes.

Une belle perspective en somme, et qui doit être saluée. Espérons que le débat international pourra mener à une solution concrète, rapide, efficace et globale.

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Julien Morel Développement durable, Economie, Social , , , , ,

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